Homélie 2017

Messe annuelle de l'Académie catholique de France

 25 janvier 2017
Eglise Saint-Thomas d'Aquin - Paris

Homélie prononcée par Monseigneur Claude DAGENS de l’Académie française

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 LA PASSION DU CHRIST TRANSFIGURE LE MONDE

« Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? »

« Qui es-tu Seigneur ? » « Je suis Jésus, le Nazaréen, celui que tu persécutes ! »

Ce dialogue est bouleversant. Il fait de cet homme nommé Saul un autre homme, un homme qui sera pour toute sa vie plongé dans le mystère du Christ, et comme transfiguré. Il ne s’appartient plus, parce qu’en ces quelques instants de lumière, Jésus, le Messie humilié et glorifié, l’associe à sa Pâque. Ceux-là mêmes qu’il persécutait, deviennent des signes de Dieu. Dans son cœur, dans sa chair, dans son intelligence, il reçoit une force de vie et de résurrection qui l’arrache à lui-même et le place au coeur de la nouvelle Alliance dont le Verbe  fait chair est la source en ce monde.

Et Paul comprend que le mystère de la Croix du Christ vient pour toujours transformer notre humanité, en l’élargissant aux dimensions   de la miséricorde du Père, qui est sans limites. C’est ainsi que naît l’Eglise, qu’elle est mise au monde, qu’elle forme un corps vivant où la mort et le mal sont vaincus. Paul devient, avec les apôtres, le témoin passionné de cet engagement.

Même si nous ne sommes pas tous des convertis, même si nous n’avons pas fait l’expérience d’une telle révélation, nous avons, nous croyons que nous ne pouvons pas nous dire chrétiens, sans consentir à être saisis nous aussi par la Pâque de Jésus.

C’est pourquoi j’ai voulu aussi faire écho aux paroles passionnées que Paul adresse aux chrétiens de Philippes, quand il les appelle à avoir en eux les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus, à partir de la simple prononciation de ce nom de Jésus.

Il est normal que cette prononciation ne soit pas toujours facile. Elle nous dépasse et pourtant, elle fait partie de notre intimité. Jésus ! J’admire ces personnes qui parlent peu, quand elles osent nommer Celui auquel elles croient de façon simple et profonde.

Car, en ce seul nom, tout est dit, comme en germe, du mystère de Dieu quand il vient parmi nous. Lui, le Fils, le premier-né d’entre les morts, a été envoyé pour demeurer en nous, jusque dans nos ténèbres, lorsque nous avons l’impression d’être détruits par le mal. Car il a consenti, Lui, à être dépouillé de tout, réduit à rien, vidé de lui-même pour qu’en ce passage si réel, puisse surgir la force de réconciliation que le Père met en oeuvre pour nous transfigurer.

La Croix du Christ ne détruit pas. Elle est une ouverture infinie, une source de vie inépuisable. Et j’entends encore le prêtre qui a été pour moi un véritable père spirituel prononcer les paroles de Paul aux chrétiens de Corinthe : « Je n’ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus-Christ crucifié ». Et on comprenait, en l’écoutant, où se trouve le cœur de la nouveauté chrétienne : c’est que le dépouillement de Jésus vient affronter et vaincre toute puissance de mort et que l’heure du Christ devient l’origine d’une nouvelle création.

Que l’Esprit saint soit remercié de nous donner cet homme devenu le pape François, qui a l’art de faire sentir que la passion du Christ est une passion aimante pour notre humanité et que nous y participons à travers le corps de l’Eglise !

Sans cette nous sommes appelés à aller du cœur de Dieu au cœur de notre humanité, et aussi, si cela nous est donné, du cœur de notre humanité au cœur du Christ qui nous associe à sa Pâque.

Oui, « il est grand le mystère de la foi », et il s’accomplit en nous à l’intérieur et aussi au-delà de tout ce que nous pouvons penser, chercher, imaginer.

Parce que Dieu lui-même est plus grand, infiniment plus grand que nous et que ce qu’il vient inscrire au plus secret de nos consciences ne peut pas être séparé de cet immense travail d’élargissement qu’il vient susciter dans le monde, au milieu même des brisures du monde.

« Car les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui doit se révéler un jour» (Rom.8) et qui brille déjà dans le Christ.

C’est au milieu des violences de la première guerre mondiale, alors qu’il voyait de près des morts et des blessés, que le Père Teilhard de Chardin a commencé à comprendre à quel point la prière de Jésus étend sa présence et sa miséricorde aux dimensions de l’histoire.

Seigneur, donne-nous, par l’intercession de l’apôtre Paul, d’être des chrétiens qui n’ont pas peur d‘être plongés dans ton intimité et d’oser être aussi comme l’âme du monde, à travers le Corps de l’Eglise. Car l’âme chrétienne du monde est indestructible !

Homélie 2016

MESSE ANNUELLE DE L’ACADEMIE CATHOLIQUE DE FRANCE 

25 janvier 2016
Eglise Saint-Thomas d’Aquin -  Paris  

Homélie prononcée par le Père Philippe CAPELLE-DUMONT

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             Lorsque notre Académie a décidé, voici un peu plus de cinq ans, d’instituer cette messe solennelle sous les auspices de saint Paul et de sa Conversion, elle dessinait en quelque sorte le triangle de ses références principales avec saint Augustin, le géant patristique qui lui a donné sa devise : « Non intratur in veritatem nisi per caritatem », et avec Thomas d’Aquin, le géant médiéval à qui nous rendons hommage dans cette église qui lui est dédiée. 

            Mais en nous focalisant sur Paul en cette circonstance liturgique, année après année nous donnons à notre méditation toute chance de recueillir une manne originale, originelle, en mesure d’inspirer tout spécialement notre labeur académique. En effet, si Paul est bien ce que la science historique en a le plus souvent retenu à  savoir un persécuteur du Christ devenu persécuté pour le Christ dans un contexte de violence à laquelle les événements présents nous rapportent encore, nous sommes non moins saisis en observant de près ses différents modes d’action et ses différents genres de paroles : il fut en effet tout ensemble un mystique, un fondateur et un intellectuel, un authentique penseur, trois traits qui le distinguent et qui racontent l’unité prodigieuse de sa personne et de son ministère.

            Mystique, il n’a pas seulement ni principalement connu des émotions spirituelles, il s’est d’abord identifié au Christ jusque dans l’humilité la plus dépouillée :  « Ce n’est pas moi qui vis mais c’est le Christ qui vit en moi » (Galates 2,20) ;  « C’est alors que je suis faible, que je suis fort » (2 Co 12,7) ; « Il m'a été mis une écharde dans la chair, un ange de Satan pour me gifler et m'empêcher de m'enorgueillir » (2 Co 12,10).  De telles séquences ne font pas seulement partie de notre patrimoine religieux comme on  dit, car elles notifient les dispositions premières de l’homme face à Dieu.

            Intellectuel, penseur de première main, il n’a pas simplement commis quelques pensées durables, il a fourni des socles de références qui n’en finissement pas de  nourrir notre travail dans la pensée vingt siècles après. Si l’on ne compte guère, à s’en tenir au seul vingtième siècle, le nombre de poètes, de philosophes et de théologiens qui ont relu et commenté saint Paul, parfois de manière aventureuse, c’est aussi à cause de la puissance ici métaphorique, là spéculative que nous lèguent ses sentences sur le temps et l’événement, sur la dialectique de la lettre et de l’esprit, sur la récapitulation christologique, pour ne mentionner que quelques pépites.

            Fondateur enfin, il  n’a pas simplement réalisé quelques fondations éparses dans le bassin méditerranéen au péril de sa vie, il a conféré, rien de moins, dans une parole à  temps et à  contre-tempos, ses caractères de fondation pérenne à l’Eglise.

            Sans doute, saint Paul, la pérennité de l’œuvre paulinienne, tiennent-ils dans ce tissu unique fait du dynamisme fondateur, de l’exigence intellectuelle et de la disposition mystique.  Mais les trois champs qu’il  a ainsi constamment traversés ne l’ont pas été  par hasard : ils  traduisaient la grande histoire de la révélation biblique de l’homme face à Dieu, homme tout à la fois corps, esprit et cœur, invité depuis le livre du Deutéronome jusqu’à  l’Evangile à  « aimer Dieu de toute sa force, de tout son esprit de toute son âme ». En effet, Paul le fondateur a aimé Dieu de toute sa force ; Paul le penseur, l’a aimé de tout son esprit, de toute sa pensée ; et Paul le mystique l’a aimé de tout son cœur. Tel est sans doute l’un des messages les plus profonds, sans doute inoxydables, qu’il nous lègue à même notre exercice dont la puissance doit se vérifier dans ce qu’elle fonde, et dont les  fondations ne tiennent  que dans la fermeté d’une alliance spirituelle.

            C’est à l’intérieur de ce cercle vertueux que nous pouvons recueillir une ultime inspiration au cours de cette fête qui célèbre non seulement saint Paul mais le phénomène inouï de sa conversion. Conversion : ce vocable renvoie le plus souvent, non sans raison, à l’exigence de changement constant, personnel et communautaire, de comportement. Et le carême qui débutera dans deux semaines nous le rappellera. Il est non moins vrai que la conversion de saint Paul nous renvoie aussi à un genre d’événement tout à fait singulier qui donna les saint Augustin et les Pascal,  les Thérèse d’Avila et les Edith Stein,  les Claudel et les Clavel, un  événement qui les a terrassés, littéralement mis à  terre, attendant le secours des frères dans la foi pour se redresser.

            Ainsi, la demande de Jésus dans l’évangile de ce jour est rude : il s’agit bien d’annoncer universellement, et par amour du prochain, la bonne nouvelle du Vivant. Ainsi la conversion personnelle et la conversion des nations vont de pair au titre de l’unique salut inauguré par le Christ  dont voici le signe, dit l’évangile : « Les malades s'en trouveront bien ».

            Notre histoire de chrétiens dans la cité des hommes aujourd’hui déstabilisée à tant de plans, est assurément liée à cette demande de conversion personnelle et universelle, dont Paul notre aîné, que nous aimons lire et relire, nous apprend encore et sans doute plus que jamais les chemins de réponse.

 

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Homelie 2015

Messe de rentrée de l’Académie Catholique de France
25 janvier 2015 (Paris, S. Etienne-du-Mont).

Homélie de Son Eminence Le Cardinal Philippe BARBARIN

 

        Tout au long de l’année liturgique, nous allons méditer, au fil des dimanches, l’Evangile selon saint Marc. Depuis des années, en lisant son premier chapitre, je me suis pris à lui donner pour titre : « …Une page arrachée à l’agenda de Jésus. »   L’évangéliste qui veut nous présenter l’ensemble de l’enseignement et de l’œuvre du Messie commence par nous décrire le personnage de la manière la plus concrète. De fait, on a l’impression de le suivre heure par heure et de découvrir son emploi du temps.

       Voilà le voyage que nous allons accomplir au cours des trois ou quatre prochains dimanches. En effet, jusqu’à l’entrée en carême, nous resterons dans ce premier chapitre. Nous verrons Jésus enseigner dans la synagogue, chasser des démons,  guérir des malades et des possédés ; puis, le lendemain matin, « bien avant le jour », partir prier dans un endroit désert, à la rencontre du Père. Rejoint par ses disciples, il se laisse interrompre par Simon et ses compagnons qui lui disent : « Tout le monde te cherche », et il accepte de se remettre en route pour la mission : « Partons ailleurs dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame la Bonne Nouvelle,  car c’est pour cela que je suis sorti. » 

       Saint Marc veut nous donner à connaître Jésus, personnellement. Peut-être cela nous donnera-t-il le désir de jeter un coup d’œil sur notre agenda, pour voir s’il est organisé d’après la même logique, si notre existence est vraiment chrétienne, si elle commence par où l’on doit commencer. En un mot, si elle est « en ordre ».

       Nous avons donc la joie, en ouvrant l’Evangile, de découvrir  la  belle humanité du Seigneur, pour l’écouter et le suivre. Dans le texte qui nous est proposé aujourd’hui nous sommes les témoins de deux éléments majeurs de fondation : la proclamation et l’appel.

 

Jésus proclame.

       Jésus n’enseigne pas encore. Certes, c’est un rabbi, et bien des fois l’Evangile nous dira combien les gens sont fascinés par son enseignement, « suspendus à ses lèvres » (Lc 19, 48). Mais ici, il « proclame » (kerussein), dit l’Evangile. Ce verbe grec a donné le mot kérygme ; c’est comme un cri, si l’on peut dire. Avant d’exposer l’enseignement structuré d’un rabbi, Jésus lance un grand cri à la face du monde, pour proclamer que le Royaume de Dieu est venu jusqu’aux hommes, et pour les inviter à se convertir et à croire à la Bonne Nouvelle.

       Ensuite, il appelle ses premiers disciples : Simon et André, Jacques et Jean, les fils de Zébédée. Puis nous le suivons, accompagné de ses disciples, avec qui il se rend à la synagogue et guérit un possédé. L’évangéliste nous emmène chez la belle-mère de Simon, alitée à cause d’une forte fièvre. Jésus la guérit, « la fièvre la quitta et elle les servait ».  Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amène de nombreux malades et possédés, qu’il guérit encore : « La ville entière se pressait à la porte. » La nuit a dû être bien courte, puisque St Marc précise que le lendemain il se leva tôt, « bien avant le jour ». Seigneur, ta vie est dévorée par l’amour du Père !

         Nous savons, effectivement, qu’il « brûle ». Et ce kérygme, son premier cri, nous interpelle sur le contenu de notre témoignage. Quel cri lancent les chrétiens aujourd’hui, en 2015, dans notre société ? Est-ce celui qui ouvre l’Evangile ? « Les temps sont accomplis ! » Le cœur des hommes est en attente. Aujourd’hui, comme il y a deux mille ans, vous le savez, il est habité par une question, fondamentale : La vie l’emportera-t-elle sur la mort ? L’amour sera-t-il finalement victorieux ?

        Une parole sourde qu’on appelle la promesse, habite le fond de notre cœur ; c’est notre grande attente. Et précisément, Jésus vient nous annoncer que les temps sont accomplis. « Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ ! » Commencement de l’Evangile de Dieu, voilà un mot nouveau ! En fait, ce mot grec est formé sur le mot promesse. Je ne sais pas pourquoi nos traductions ne montrent pas la proximité entre le mot Ep-angile (la promesse) et Ev-angile (la bonne nouvelle, la promesse enfin qui se réalise). C’est pourtant l’essentiel dans notre témoignage, fondé sur les Ecritures : le message dont nous sommes porteurs, dont nos lèvres brûlent quand nous le transmettons, et qui nous dépasse, c’est la réponse à la plus profonde attente des hommes, de tous temps et de toutes cultures : « Ouvrez-vous donc ! Changez totalement de vie ! Laissez l’amour du Christ y entrer ! Laissez cet Evangile toucher vos oreilles et vos cœurs ! Convertissez-vous et croyez à l’Evangile ! »

       C’est la raison pour laquelle la première lecture choisie pour ce dimanche nous emmène à Ninive, la ville « extraordinairement grande ». Le prophète Jonas y lance son cri et appelle les habitants à se convertir.

       Frères et sœurs, Ninive aujourd’hui s’appelle Mossoul. Cela me touche profondément, car l’été dernier, au cours d’un voyage en Irak, j’ai fait un jumelage entre le diocèse de Lyon et celui de Mossoul dont tous les chrétiens ont été chassés en un jour, comme vous le savez. Je leur ai promis de dire tous les jours le Notre Père dans leur langue liturgique, jusqu’à ce qu’ils puissent revenir dans leur ville, leurs maisons, leurs églises, leurs écoles… Je le réciterai donc en chaldéen, avant que nous ne le chantions ensemble en français. 

       Sur quel ton faut-il inviter les gens à se convertir ? Voilà le problème ! Dire que les choses ne vont pas, tout le monde le sait… Les journaux nous en rebattent les oreilles, et rien ne change.  Qu’est-ce qui pourrait changer  et faire qu’à la suite de la parole de Jonas un peuple entier se convertisse ? Que dire pour qu’aujourd’hui à Paris, en Europe, dans le monde entier, les gens reçoivent enfin intérieurement ce message qui correspond à leur désir le plus profond et se décident : « Cette fois-ci je me convertis ! »

       Quel ton trouver ? En fait, à l’Académie catholique de France,  la phrase de saint Augustin qui vous sert de devise peut nous donner la clef de la question. Il est dit : « Non intratur in veritatem nisi per caritatem. » « On n’entrera jamais dans la vérité que par la charité. » Mais quand Jonas avertit les  habitants de Ninive : « Dans quarante jours, Ninive sera détruite », est-ce vraiment une parole de charité ? Certainement ! La charité n’est pas seulement dans les formules, mais dans le fond du cœur. Jonas était un envoyé de l’amour de Dieu, et les habitants de Ninive ont reconnu en cet homme un prophète, « une bouche de Dieu », un amour qui venait sur eux, et aussitôt ils se sont convertis.

       La charité ne s’exprime pas forcément par des paroles mielleuses ou douceâtres. Elle vient d’un amour en amont, d’un Autre, et les gens, en l’entendant, s’aperçoivent qu’un fleuve de miséricorde arrive sur eux. Même si les propos peuvent être vigoureux ou brûlants, ils sentent, ils savent qu’ils sont aimés et ils acceptent de prendre le chemin de la conversion. N’est-ce pas vrai aussi pour nous ? Quand quelqu’un vient pour nous faire des reproches, nous risquons de nous cabrer spontanément, de dresser des murailles entre notre interlocuteur et nous. Mais si nous sentons, sans hésitation, qu’il nous aime, alors nous disons : « Oui, c’est vrai, il faut que je change … ».

       C’est ce qui s’est passé pour Ninive. C’est la première proclamation de Jésus, la beauté du kérygme !

 

Il appelle

 

       Le deuxième point de cette présentation de la figure du Messie, c’est l’appel. Après le kérygme, après le grand cri, avant les enseignements, les guérisons, les exorcismes… il y a cette merveille ! Il est dommage que l’on n’entende pas ce mot appel dans « Eglise ». Ecclesia vient du verbe grec kalein,  appeler. Le mot signifie assemblée, certes, mais l’Eglise naît de l’appel. Au jour de la confirmation, on commence par appeler les jeunes : « Nathalie,  baptisée tel jour dans telle église ! » Elle se lève et s’avance : « Me Voici ! » Elle répond à l’appel que le Seigneur lui lance à travers l’Eglise, comme le futur diacre ou le futur prêtre qu’on appelle avant de les ordonner.

        C’est certainement pour cette raison que l’appel des premiers disciples nous est relaté au tout début de l’Evangile. Le regard de Jésus se pose sur chacun : Simon, André, Jacques, Jean … Et il leur dit : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » C’est la nouvelle traduction  liturgique qui représente un progrès par rapport à l’ancienne où le verbe devenir n’était pas rendu.  Or, nous savons bien qu’il faut du temps, quand le Seigneur nous a appelés, pour que nous devenions ce qu’il veut que nous soyons.  Ce n’est pas facile de devenir un témoin de Jésus, même quand on a préparé sa confirmation pendant des mois ; d’avoir un cœur vraiment sacerdotal, même quand on a été formé pendant des années de séminaire. Quel travail doit accomplir en nous le Seigneur pour nous permettre de devenir ce qu’il veut que nous soyons !


       Je voudrais terminer sur le petit mot « aussitôt ». Il était déjà dans le récit de Ninive : « Aussitôt, Ninive se convertit. » Il est présent dans l’Evangile : « Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. » Un aussitôt qui est même appliqué à Jésus. « Aussitôt, Jésus les appela. »  On voit qu’il est brûlé par la parole de son Père en lui. Et cette brûlure se transmet aujourd’hui, pour qu’à la parole de Jésus, aussitôt nous nous convertissions, nous nous mettions en chemin… et pour qu’à travers nous, « la Parole du Seigneur accomplisse sa course et soit glorifiée » (1 Th 3, 1).

 

Homélie 2014

Messe de rentrée de l’Académie Catholique de France
24 janvier 2014 (Paris, S. Thomas d’Aquin).

Homélie de Son Eminence Le Cardinal Paul POUPARD

     Président Emérite du Conseil Pontifical de la Culture et  du

Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux


Chers frères prêtres, chers frères et sœurs en Jésus-Christ,

         « Je suis juif, né à Tarse, j’ai reçu à l’école de Gamaliel un enseignement strictement conforme à celui de nos pères, j’ai persécuté à mort les adeptes de cette doctrine. Une grande lumière venant du ciel, une voix sur le chemin de Damas me disait: Je suis Jésus le Nazaréen, Celui que tu persécutes. Que dois-je faire, Seigneur ? Le Dieu de nos pères t’a destiné à connaître sa volonté, tu seras pour Lui devant tous les hommes le témoin de ce que tu as vu et entendu ». Le récit autobiographique de la conversion du persécuteur, en apôtre Paul, missionnaire de Jésus, nourrit notre méditation au cœur de  cette Messe annuelle de l’Académie catholique de France, à laquelle je m’honore d’appartenir dès sa fondation.

Je salue cordialement notre Président créatif, le cher Père Doyen Philippe Capelle-Dumont,  et tous les confrères et amis de notre jeune, dynamique et déjà rayonnante institution. Avec joie, nous renouvelons ce soir en Eglise notre foi au Christ, et notre volonté  d’être, avec la grâce de Dieu,  à l’exemple de Paul, suivant ses enseignements, des apôtres fervents en  notre sainte mère l’Eglise, une , sainte, catholique et apostolique, sous la conduite du successeur de Pierre, notre bien-aimé pape François, et de nos pasteurs.

Au début de sa Lettre aux Romains, Paul salue la communauté de Rome en se présentant comme le « serviteur du Christ Jésus, apôtre par vocation » (Rom 1, 1), qui a reçu la mission « d’annoncer l’Évangile de Dieu » (Rm 1, 1) aux nations païennes. L’initiative gratuite de Dieu (cf. 1 Co 15, 9-10; 2 Co 4, 1; Ga 1, 15), l’a saisi et littéralement retourné sur le chemin de Damas, comme  nous venons de l’entendre.  Apôtre des Nations, messager de la bonne nouvelle, Paul n’a cessé, avec intrépidité, d’annoncer courageusement, sans craindre les épreuves, tout au long de ses voyages missionnaires autour de la Méditerranée, d’Antioche à Athènes, de Corinthe à Rome, le Christ-Jésus, mort et ressuscité pour nous. Au soir d’une vie où s’approche l’heure du martyre, il dit en confidence à son disciple très cher, Timothée : « Je sais en qui j’ai mis ma foi » (2 Tim 1, 12). C’est là tout le secret de son existence, le ressort de son ardeur missionnaire, la sérénité de son espérance, la source de son amour. Sa foi, dont le mot même apparaît à plus de deux cent reprises sous sa plume et dans sa bouche, manifeste son rapport direct  au Christ, témoigné jusqu’au martyre. Aussi peut-il se laisser aller à l’action de grâces, comme il le fait  en sa 2nde Lettre à Timothée : « Me voici déjà offert en sacrifice et le moment de mon départ est arrivé ; j’ai combattu le beau combat, gardé la foi et achevé ma course.»

Ce « beau » combat – le grec emploie l’expression « kalon » – n’a certes pas été un divertissement. Paul a connu, avec la persécution, l’épreuve des faux frères et la morsure de la solitude : « La première fois que j’ai eu à présenter ma défense, personne ne m’a soutenu. Tous m’ont abandonné ! ». Mais dans cet abandon,  « Le Seigneur, lui, m’a assisté et m’a rempli de force afin que, par moi, le message fût proclamé et qu’il parvînt aux oreilles de tous les païens. Et j’ai été délivré de la gueule du lion. » Saint Paul lit les évènements sur un autre registre que celui de l’immédiateté et des horizons limités de notre quotidien : il lève les yeux du cœur vers les horizons pour lesquels nous avons été créés, ceux du Royaume des Cieux où nous pourrons chanter sans fin la louange du Seigneur. C’est ainsi qu’il exprime sa bouleversante espérance : « Le Seigneur me délivrera de toute entreprise perverse et me sauvera en me prenant dans son Royaume céleste. A lui la gloire dans tous les siècles ! Amen ! ». Espérance fondée sur sa foi indestructible dans l’Amour du Christ. Il ne cesse de le répéter, 164 fois : « Pour moi, vivre, c’est le Christ ».

Cette espérance s’enracine dans sa rencontre bouleversante avec le Christ, sur le chemin de Damas. Bon pharisien, initié par l’étude des Livres Saints à la Révélation du Dieu vivant, le Dieu d’Abraham, de Moïse et des Prophètes, Saul méconnaissait la révélation inouïe du Dieu d’Amour, incarné dans le sein de la Vierge Marie, le fils de Dieu devenu fils de l’homme par amour pour nous. En réalité, il méprisait l’idée d’un Dieu si humble et si humain, un Christ crucifié traité comme le dernier des malfaiteurs. La rencontre avec les croyants de cette nouvelle « voie », tel Etienne, n’avait pas ébranlé sa conviction. Bien plus, il la combattait avec rage «  J’ai persécuté à mort les adeptes de la voie que je suis aujourd’hui, je les arrêtais et les jetais en prison, hommes et femmes. » Mais, non loin de Damas, poursuit-il dans sa confession , «  une grande lumière venant du ciel m’enveloppa soudain. Je tombai sur le sol et j’entendis une voix qui me disait : Saul, Saul, pourquoi me persécuter ?  Et moi, je répondis : « Qui es-tu, Seigneur ? » – « Je suis Jésus que tu persécutes » (Act 26,15).

En un instant, en si peu de mots, c’est, avec Paul, l’histoire du monde qui bascule. Sur le champ, l’éclat de la lumière de la grâce aveugle Paul, mais son cœur s’ouvre. Ce Jésus qu’il persécute en ses disciples, est vivant ! Quel bouleversement !  Le Christ vit au cœur de ses disciples. Sa mort sur la Croix n’a pas eu  le dernier mot. C’est au contraire le premier mot de l’Eglise. Profondément touché par la grâce, Paul saisit en même temps qu’il ne pourra pas garder pour lui cette Bonne Nouvelle. « Je t’ai apparu pour t’établir serviteur et témoin devant tous les hommes, de ce que tu as vu et entendu. Et maintenant, pourquoi hésiter , Lève-toi et reçois le baptême, sois lavé de tes péchés en invoquant le nom de JESUS » (Actes 26, 16 et 22,16).La relation de Paul avec le Christ s’établit aussitôt avec la communauté chrétienne de Damas et il se met ensuite en rapport avec « les colonnes », comme il appelle les apôtres Jacques, Pierre et Jean (cf. Act 2, 9). On ne peut se dire chrétien sans être pleinement d’Église.

L’Eglise, le concile Vatican II nous l’a rappelé voici 50 ans dans son beau Décret Ad gentes sur la mission : « L’Eglise tout entière est missionnaire ». Et notre cher Pape François, dans sa récente  Exhortation apostolique Evangelii gaudium, nous invite à partager la joie de l’Evangile, dans son style familier direct et percutant, en nous appelant tous, c’est son chapitre premier, à la transformation missionnaire de l’Eglise, une Eglise « en sortie », ce sont ses propres termes, « un renouveau ecclésial qu’on ne peut différer, à partir du cœur de l’Evangile ».

Saint Paul est l’Apôtre de la foi : « Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu » (He 11, 6). Mais la foi s’accompagne de la charité : « Quand j’aurais la plénitude de la foi, si ne n’ai pas la charité, je ne suis rien », affirme saint Paul (1 Cor 13, 3). Non intratur in veritatem, nisi per charitatem, On n’entre dans la vérité que par la charité, selon la belle devise augustinienne de notre Académie. Par la charité, la foi pénètre toute la trame de notre vie  quotidienne personnelle et sociale, qui demande à être entièrement renouvelée dans le Christ-Jésus. C’est tout le chapitre 4 de l’Exhortation apostolique Evangelii gaudium : la dimension sociale de l’évangélisation, les répercussions communautaires et sociales du kérygme, l’intégration sociale des pauvres, le bien commun et la paix sociale, le dialogue social comme contribution à la paix.

Paul, au nom de Jésus, comme il le dit lui-même, s’est fait le prochain de tous. Il a compris, vécu et proclamé l’universalité du message de l’Évangile, préparé qu’il était à affronter le formidable et double défi culturel et spirituel du judaïsme et du paganisme de l’Empire romain dominateur du monde connu d’alors, sur tout le pourtour du bassin méditerranéen. Juif de Tarse, la célèbre métropole du commerce et de la culture, à la frontière et au centre de fusion des deux grandes cultures sémitique et grecque, comme le souligne Joseph Holzner dans son classique Le défi culturel chrétien selon saint Paul (Téqui, 1953), il est une « âme-frontière », mélange d’ouverture accueillante au monde et d’exclusivisme juif. Sa langue maternelle est celle de Jésus, l’araméen. Mais c’est en grec, dans les Septante, qu’il apprend l’Ecriture, et, comme il le professe lui-même avec fierté, il est citoyen romain. C’est donc en homme de trois cultures, de ces trois villes-symbole, Jérusalem, Athènes et Rome, qui sont les trois villes-source de notre culture occidentale, que Paul, cet incomparable génie religieux, va forger, à partir de son expérience la plus intime, la rencontre soudaine et bouleversante du Christ sur le chemin de Damas, cet Evangile de la liberté qu’il va répandre, apôtre des nations, au cœur des cultures, pour les transformer par la puissance de ce levain divin. Son activité apostolique s’étend sur 25 ans à peine. Mais, quand il commence, l’Eglise naissante ressemblait à une petite secte judéo-chrétienne, et, lorsqu’il meurt en 67 sous la hache du bourreau romain, elle est déjà en petit devenue une Eglise universelle.

Ce soir, nous méditons son exemple hors pair pour inspirer l’engagement de notre Académie, au cœur des problèmes culturels et spirituels angoissants de notre temps fatigué, inquiet, en proie au doute entraîné par la blafarde lueur orageuse d’une culture émiettée, et la détresse spirituelle de tant de nos contemporains. Notre pape François nous appelle à affronter avec courage et lucidité la longue litanie des défis qu’il énumère sans complaisance au chapitre 2 de son Exhortation apostolique, nous invitant à dire non à une économie de l’exclusion et à la nouvelle idolâtrie de l’argent qui gouverne au lieu de servir, non à la disparité sociale qui engendre la violence, non à l’acédie égoïste et au pessimisme stérile, non à la mondanité spirituelle et à la guerre entre nous, et oui au défi d’une spiritualité missionnaire et aux relations nouvelles engendrées par Jésus Christ, pour répondre aux défis de l’inculturation de la foi au sein des cultures urbaines, comme m’invitait déjà, voici quelque trente ans, pour l’aider à y répondre, le Père Bergoglio, recteur de la  Faculté de théologie jésuite San Miguel de Buenos-Aires, alors que le nouveau pape, bienheureux prochainement proclamé saint Jean-Paul II, venait de créer le Conseil pontifical de la culture.

Chers amis, sans nul doute, c’est bien là l’engagement de notre Académie catholique de France créée pour le rayonnement du savoir et de la foi, à travers l’action multiforme de ses cinq sections de médecine, sciences de la vie et de la nature, sciences humaines et sociales, philosophie et théologie, arts et lettres, droit et sciences économiques, et de ses « Collèges régionaux », ses colloques , ses dossiers, ses publications et déclarations, ses prestations à la Radio et à la télévision. C’est , pour chacune et chacun d’entre nous, l’engagement d’y participer, à l’exemple multiforme de l’apôtre Paul, penseur, orateur, écrivain, voyageur apostolique, missionnaire, mystique, fondateur et organisateur d’Eglises, le Juif qui, sur l’Agora d’Athènes, communique aux grecs des pensées chrétiennes dans des concepts stoïciens.

 

Croire en Jésus-Christ : aujourd’hui, pas plus qu’aux temps de Paul, la foi   n’est une évidence culturelle, mais un don de Dieu, « la grâce de Dieu toujours plus abondante que la prière qui l’a demandée », nous disait le pape François en son homélie pour la clôture de l’Année de la Foi. Paul  a dû faire preuve d’autant de courage et d’audace que d’intelligence et de persévérance, pour demeurer fidèle au Christ et partager son message  de salut dans un monde juif et païen, qui souvent le rejetait. Aujourd’hui encore, nous en avons besoin, comme lui, « pour jeter dans le monde qui pense un ferment chrétien », selon l’expression de Mgr d’Hulst que le pape faisait sienne le 1er juin 1980, où j’avais la joie de l’accueillir à l’Institut catholique de Paris . Demandons, par l’intercession de l’apôtre Paul, dans la prière, la grâce de remplir, comme lui, cette grande mission, pour éclairer par la réactivation de notre mémoire croyante et la créativité de notre intellectus fidei, les questions essentielles qui traversent nos sociétés et dont la solution réfléchie et responsable commande notre avenir en cette aube prometteuse et incertaine du nouveau millénaire.

 Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen !


 


Homélie 2013

Conversion de saint Paul

25 janvier 2013 (Paris, S. Thomas d’Aquin).

Messe de rentrée de l’Académie Catholique de France

Homélie prononcée par Dom Philippe Dupont - Père Abbé de Solesmes

 

            « Seigneur, qui es-tu ?... Que dois-je faire ? »

            Ces deux questions du pharisien Saul, rempli de zèle mais projeté à terre par la voix divine et la lumière céleste, sont essentielles à toute démarche de conversion et de foi.

 

A - Tout homme, s’il est normalement constitué, ne peut pas ne pas se poser la question fondamentale sur Dieu et sur Jésus : « Qui es-tu, Seigneur ? ». Au fond de son cœur et de sa conscience est inscrit le désir inné de connaître Dieu, de rechercher sa face ; comme saint Augustin, il est en quête de Dieu, jusqu’au jour où il comprend que Dieu le cherche avec encore beaucoup plus d’avidité. Saint Paul était persuadé qu’il faisait œuvre divine en persécutant les adeptes de la voie nouvelle ; et voilà que le Christ en personne vient à sa rencontre et le réveille, en quelque sorte, s’emparant de lui au moment où il se montrait le plus déchaîné dans sa fureur contre l’Église naissante, l’invitant à discerner sa face divine dans ceux qu’il persécute. Le Seigneur se manifeste à lui, non pas dans la pauvreté de Noël, mais dans sa gloire de ressuscité et sa puissance de juge des nations.

            Même si nous sommes chrétiens de longue date, le Seigneur et l’Église nous exhortent continuellement à la conversion; le temps du Carême qui approche en sera une nouvelle occasion. Trop souvent aussi, nous pensons que cette conversion est d’abord notre propre œuvre personnelle d’ascèse, alors qu’elle est principalement et premièrement celle de la miséricorde, comme le chante le psaume : « Converte nos, Deus » (Ps. 84, 4). Nous convertir consiste à retourner entièrement notre regard pour voir le vrai visage de Dieu et entrer en communion avec lui, qui est le trésor de notre foi.

 

B -   La conversion est bien un redressement, puisque le premier péché, dans notre chute, nous a fait culbuter ; depuis lors, notre regard est faussé, nous achoppons sans cesse sur la juste valeur des pensées divines, tant elles nous semblent contraires à nos catégories. N’est-ce pas nous plutôt qui considérons toutes choses à l’envers ? Le monde est tombé sur la tête et il a besoin de se relever pour saisir la justesse du message évangélique, à commencer par les béatitudes qui nous paraissent si paradoxales et déconcertantes, si nous les jugeons avec nos critères humains. Acceptons plutôt d’être souvent désarçonnés, de lâcher nos préjugés, de descendre de notre piédestal pour nous remettre au niveau de Dieu, qui s’est fait si petit, si proche de l’homme, et nous pourrons alors comprendre son dessein d’amour.

            Ce retournement nous dépasse, nous avons besoin d’une illumination de la grâce, sinon de la lumière éclatante qui a aveuglé saint Paul ; nous avons besoin d’être instruits par ceux qui ont reçu la sagesse divine : « On te dira ce que tu dois faire ». En se relevant, Paul doit se laisser conduire et éclairer par d’autres, moins savants que lui. Sachons, nous aussi, abandonner le programme de sainteté que nous nous sommes préfabriqué ; il nous faut renoncer à la perfection que nous aurions vite tendance à placer dans nos privilèges et nos avantages, alors que la voie authentique de la sainteté est celle de l’humilité, comme nous l’a indiqué la Vierge Marie, qui ne s’est jamais glorifiée de n’avoir pas de péché, mais qui, humblement, a reconnu dans sa sainteté l’œuvre de la toute-puissance divine.

            Pour répondre à l’appel de sainteté que nous adresse la voix de Dieu, comme saint Benoît y exhorte ses moines, nous devons, sans pour autant renier ce qui, en nous, peut servir au véritable épanouissement spirituel de l’homme, nous détacher des multiples idoles intérieures et extérieures qui meublent l’univers qui nous entoure et peut parfois nous fasciner : la soif du pouvoir, l’idolâtrie du sexe, l’attrait de l’argent, la propension pour le progrès et la technique. Le Saint Père Benoît XVI rappelle souvent que l’homme orgueilleux se ferme à toute référence à la transcendance divine et se prive, par conséquent, des forces de la grâce et des joies de croire.

 

C - C’est seulement après le vide opéré par la conversion, après l’illumination de la grâce, après l’acte de foi et d’attachement au Christ et le retournement moral que Paul peut devenir le prédicateur choisi par Dieu pour annoncer l’Évangile au monde païen. La prédication, il le soulignera lui-même, n’est pas le fruit de la sagesse humaine et des dons naturels, mais elle jaillit de l’expérience de la rencontre avec le Seigneur ; alors, puisée dans le cœur même de Dieu, cette prédication ne peut faire l’impasse sur la croix et la conversion de la vie, seul chemin voulu par Dieu pour ouvrir la porte de la gloire.

            « Pour moi, vivre, c’est le Christ », disait saint Paul (Phil. 1, 21) ; « ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Gal. 2, 20). La collecte nous a demandé de suivre l’exemple de saint Paul, « en cherchant à lui ressembler », ce qui signifie avant tout nous laisser conduire par la grâce, qui fait de nous des enfants de Dieu.

            Témoins de la force de cette grâce divine, nous sommes tous appelés aussi à être, dans notre monde, annonciateurs de l’Évangile, comme le demande encore l’oraison de ce jour. Dans notre société qui a perdu le sens de Dieu, parce qu’elle a perdu le sens du péché, confondant le bien et le mal, dans notre société qui, trop souvent, se passe volontairement de Dieu et bafoue la loi naturelle, la perte des valeurs mène à la dérive morale, comme nous ne le constatons que trop. Notre vie chrétienne, fortifiée par la foi et menée dans la joie, est un témoignage crédible ; selon les vocations et les missions dans l’Église, chaque chrétien, qui a reçu au baptême l’habilitation à rendre un culte à Dieu et à devenir missionnaire, doit proclamer bien haut les vérités immuables de la loi divine face aux puissances des ténèbres qui cherchent à étouffer la voix de la vérité et à voiler la lumière céleste.

La conversion de saint Paul est le fruit de la prière de saint Étienne ; notre rôle primordial est, par conséquent, de prier pour que la lumière soit accueillie, en particulier dans notre pays. Cette évocation nous plonge dans le grand mystère de la communion des saints.

            Confions cette lourde mission de prière, d’exemple et de parole à la Vierge, à celle que l’Église invoque comme écrasant la tête du serpent diabolique et brisant toute hérésie, elle que saint Paul reconnaissait jouer un rôle primordial dans l’œuvre de la Rédemption, en affirmant : « Dieu envoya son Fils, né d'une femme, né sujet de la Loi, afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer l'adoption filiale » (Gal. 4, 4). Recommandons-nous aussi à saint Paul pour qu’il nous aide à convertir notre intelligence à la lumière divine qui éclaire notre chemin, à ouvrir notre cœur à la voix de Dieu qui parle à notre conscience et à accueillir la grâce qui donne l’audace de confesser devant tous la beauté de notre foi. Alors, nous pourrons, comme lui, dire au terme de notre pèlerinage terrestre : « J’ai combattu jusqu’au bout le bon combat, j’ai gardé la foi » (2 Tim. 4, 7).

 

Homélie 2012

Ce n’est pas par hasard que ceux qui ont eu à en décider ont, pour cette grande rencontre désormais annuelle de notre Académie, précisément choisi le jour où l’Église nous propose de commémorer la conversion personnelle de l’Apôtre des nations.

Ce qui est arrivé à Paul

Commençons par ré-évoquer rapidement l’événement lui-même. Le livre des Actes nous le rapporte à trois reprises. La version qui nous en a été proposée est celle que, dans le cadre d’une altercation avec les juifs de Jérusalem (Ac 22,3-16), Paul lui-même fut amené à faire de ce qui fut bel et bien l’événement décisif de sa vie.

La situation de départ est claire. Pour le citoyen de Tarse, les choix importants sont faits et l’engagement est total : « Je suis juif ; j’ai reçu à l’école de Gamaliel un enseignement strictement conforme à la Loi de nos Pères […] Je défendais la cause de Dieu avec une ardeur jalouse. » Aussi, fort de ses convictions, notre Saul avance-t-il sans peur et sans reproche dans une direction assurée, tel ce « fier cavalier français » qui, un jour, partit d’un si bon pas pour se mettre au service d’une si juste cause.

Mais voilà que se produit pour ce Paul un imprévu, voilà que surgit un ''exaïphnès''/un ''soudain'', c’est-à-dire un inattendu total, un événement à la lettre désarçonnant : l’éclat d’une lumière fulgurante et l'appel d'une voix insistante qui mettent notre homme à terre, alors que pourtant elles n’atteignent pas ceux qui l’accompagnent. La réaction de Saul se traduit immédiatement par deux questions :

« Qui es-tu Seigneur, toi qui me parles ainsi ? »

« Que dois-je faire, Seigneur, toi qui me ''jettes'' ainsi ? »

La réponse sera clairement énoncée à la fin du récit par Ananie, l’homme à la fois religieux, fidèle et estimé auquel Paul aura été conduit sans retard : « Le Dieu de nos Pères t’a destiné à connaître ce qui est juste […] Tu seras pour lui, devant tous les hommes, le témoin de ce que tu as vu et entendu […] Et maintenant, lève-toi et reçois le baptême, sois lavé de tes péchés en invoquant le nom de Jésus. »... Saul est baptisé sur le champ. Naissait ainsi l’immense penseur et acteur de la foi chrétienne et du christianisme que, devant Dieu et devant l’histoire, devait être Paul de Tarse et de Damas.

Entre temps cependant – entre le soudain de l'événement et de la chute à terre d’une part, et le durable de la conversion et du baptême de l’autre –, l’impétueux et prétentieux Paul aura été obligé et aura accepté :

- de se voir indiquer par d’autres ce qu'il lui est prescrit de faire,

- de se laisser prendre par la main pour être conduit là où il ne sait pas qu’il doit aller,

- d’être éclairé par la sagesse d’un Ananie sur ce à quoi il est désormais appelé.

 

Peut-il nous ''arriver'' quelque chose à nous-mêmes ?

Voilà donc ce qui est arrivé à Paul, au jour dit de sa conversion, que nous commémorons ce soir. Qu’allons-nous faire, nous, du récit qui vient de nous en être rapporté ?


Le chemin sur lequel nous sommes engagés

Nous aussi, nous sommes engagés sur un chemin bien orienté, et nous savons pourquoi. Nous avons été formés à bonne école et nous savons quoi faire – et comment – de ce qu’elle nous a appris et de ce que nos propres engagements nous ont par la suite permis d’en approfondir.

Nous sommes compétents, voire archi-compétents : en sciences de la vie et de la nature, en sciences sociales et humaines, en philosophie et théologie, en arts et lettres, en droit et sciences économiques. Je viens d'énumérer – cela ne vous a évidemment pas échappé – les cinq sections de notre déjà prestigieuse Académie. C’est même parce que nous sommes des « gens de lettres, des savants et/ou des artistes reconnus par leurs pairs » ‒ je cite toujours nos textes officiels –, que nous avons été dûment élus comme membres de cette Académie, et que donc nous sommes ici aujourd’hui. Mais nous sommes aussi croyants et chrétiens puisque ces mêmes textes officiels stipulent que nous ne pouvons être  agrégés que si « [notre] production témoigne d’un lien à la tradition intellectuelle du catholicisme ainsi qu’à son actualisation ».

Il n’en reste pas moins que notre réunion ici et aujourd’hui m’oblige, nous oblige, à nous poser incontournablement cette question précise : sommes-nous pour autant dispensés de cette conversion qui fut demandée à Paul, à laquelle il consentit totalement, dont le récit vient de nous être fait, et qui attend donc sa réception par nous ? Essayons, à la lumière de ce qui nous est dit de Paul, d'éclairer ce que peut être notre propre réponse.

 

Ce que l'aventure de Paul peut nous apprendre

Premier trait : la question nous est posée personnellement, et c’est donc à chacun de nous qu'il revient de l'accueillir et d'y apporter réponse. Le récit que nous venons d’entendre nous précise bien (et les deux autres versions de l’événement du chemin de Damas tiennent également à souligner ce trait) que s’ils virent Paul jeté à terre, ses compagnons ou bien « voyaient la lumière mais n’entendaient pas la voix » (Ac 22) ou bien « entendaient la voix mais ne voyaient personne ». Cela veut dire que, aussi dépendants d'autrui que, comme Paul, nous puissions être pour être acheminés, conduits et finalement éclairés et instruits, c’est nous-mêmes qui, à chaque fois, sommes personnellement en cause, en notre existence propre, en notre intime conscience.

 

Deuxième élément : il nous faut bien réaliser que de conversion il ne pourra s’agir pour nous que si nous découvrons, nous identifions et nous confessons Jésus, le Christ de Dieu. À la question « Mais qui es-tu, Seigneur, qui m’interpelles et me secoues ainsi ? », la réponse est « Je suis Jésus le Nazaréen », à quoi il est ajouté, dans le cas de Paul : « Celui que tu persécutes ». Bien entendu, nous ne persécutons personne et surtout pas, sans doute, les fidèles de Jésus. Mais lui sommes-nous réellement convertis pour autant ? Avons-nous réalisé que, dans sa croix et sa résurrection, Jésus le Christ peut être pour nous, comme le disait Bonhoeffer, la vraie et finalement la seule « force de notre vie » ? Ou bien, pour parler comme Paul ‒ ce qui pourra être encore plus parlant pour nous ici et aujourd’hui ‒, pouvons-nous prendre à notre compte le « Je sais en qui j’ai mis ma confiance » de l'introït de notre la messe, et le « Je vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi » de notre antienne de communion ?

Troisième aspect : comme le disait Jeanne d’Arc dont nous célébrions cette année un grand anniversaire, Paul est amené à découvrir que « du Christ et de l’Église, c’est tout un ». Si, en effet, on peut tenir la conversion de Paul pour une épiphanie (et donc estimer que sa célébration est bienvenue dans le prolongement de la fête liturgique qui porte ce nom), nous sommes invités à découvrir, à travers ce qui a été révélé au futur « apôtre des nations », que le Ressuscité de Pâques se manifeste en continuant à vivre dans ses frères les chrétiens avec lesquels Il ne fait qu’un, et dans l’Église qui les rassemble en ce qui est son propre Corps.

Les questions qui nous sont dès lors posées

De sorte que telles sont quelques-unes au moins des questions que nous pose la conversion de Paul :

– Qu’engageons-nous de notre pensée, de notre identité personnelle, de notre vie même, dans ce qui nous fait nous réclamer du nom de chrétiens ? Cela, et comme baptisés (à la suite de Paul qui le fut ce jour-là), et comme membres d’une Académie officiellement déclarée comme catholique, et rassemblée à ce titre ici et aujourd'hui ?

– Par quelle relation personnalisée à Jésus le Christ se traduit notre appartenance au corps académique qui nous réunit ainsi sous une appellation des plus explicite ?

– Quelle conscience avons-nous du fait que notre désignation même nous invite à honorer une vraie solidarité avec l’ensemble de l’Église, une vraie responsabilité envers tout le Corps du Christ, un vrai souci de ce qu’est toujours et partout la communauté chrétienne dans sa diversité, voire une vraie disponibilité à « accomplir en notre chair ce qui manque à la Passion du Christ pour son Corps qui est l’Église » ?

 

« Mon Dieu, que votre Règne arrive ! »

Ce que, me réclamant de saint Paul, je viens de dire en matière d’appel à la conversion resterait-il trop "spirituel", donc trop abstrait, trop général ou trop irréaliste ? Je veux bien pour finir, et sans solliciter votre attention au-delà du supportable, essayer d’apporter quelques précisions. Elles seront de deux ordres.

Première précision. Nous convertir chrétiennement comme nous y sommes invités n'implique évidemment pas que nous ayons à quitter notre champ de compétence profane. Tout au contraire : notre spécialisation, les exigences de scientificité qu’il nous incombe de respecter scrupuleusement, le noble et indispensable souci qui nous habite de garder toute notre crédibilité voire notre prestige au regard de nos collègues,  confrères et partenaires : il n'y a en aucune manière à négliger tout cela, à y renoncer ! Très clairement, la conversion proprement chrétienne à laquelle nous sommes appelés nous invite – je cite encore nos textes officiels – à contribuer pour notre part à assurer « la place et la reconnaissance dans l’espace public de la production intellectuelle attachée au christianisme ». Or, me semble-t-il,  cela requiert à la fois deux choses. D'abord – en avons-nous assez conscience ? – que nous portions notre connaissance du christianisme au niveau de ce que sont nos autres connaissances. Mais  aussi et du même coup, que nous nous ingéniions à nous montrer de ce fait d'autant plus motivés à cultiver toutes les compétences qui sont nôtres par ailleurs. Soyons clairs, notre conversion est appelée à se manifester précisément en ceci : nous aurons découvert que, justement comme chrétiens, nous n'aurons pas moins mais plus de raisons de nous montrer sérieux avec et dans les disciplines humaines que nous cultivons. Nos textes fondateurs nous précisent du reste qu'il s'agit toujours pour nous de réaliser « une forme de jonction entre un exercice de rationalité et une détermination croyante, entre ''critique'' et ''conviction'' ».

Il me faudra moins de temps pour apporter la seconde précision annoncée. La conversion qui nous est ainsi demandée représente évidemment pour nous une exigence d'autant plus bousculante – songeons ici à Paul – qu'elle est en réalité incessante. Pierre-André Liégé disait qu’il faut comprendre la conversion comme « une catégorie permanente de l’existence chrétienne » ! Il s’agit donc à vrai dire d’une tâche pour l’accomplissement de laquelle les moyens nous manqueront souvent. Ici, nous pourrons apprécier que la commémoration de la conversion de Paul ne soit pas pour nous simplement un rappel, un récit, un mémorial. Parce qu’elle est accomplie dans le cadre de l’Eucharistie, elle est à la fois action de grâce pour ce qu’il nous a déjà été donné d'accomplir dans l'ordre de la conversion, et intercession pour ce que nous sommes encore appelés à en vivre par et dans la grâce de Dieu. Telle a été, je vous le rappelle, notre prière dès l’ouverture de cette messe : « Dieu qui as instruit le monde entier par la parole de l'Apôtre saint Paul dont nous célébrons aujourd'hui la conversion, accorde-nous d'aller vers toi en cherchant à lui ressembler, et d'être, dans le monde, les témoins de ton Évangile. »

 

Je conclu. J'ai d'abord précisé ce qui est arrivé à Paul sur le chemin de Damas. J'ai ensuite posé la question : peut-il (aussi et encore) nous arriver quelque chose à nous-mêmes ? M'appuyant maintenant sur les considérants que je viens d'ajouter, et reprenant la formulation d'un beau cantique que plusieurs d'entre nous ont chanté, je terminerai par cette simple prière : « Mon Dieu, que votre Règne arrive ! » Ce qui est arrivé à Paul grâce à sa conversion, ce qui peut nous arriver à nous-mêmes en notre monde par notre propre conversion, ce n'est rien de moins, finalement, que le Règne de Dieu. Oui, mon Dieu, que –  par ma conversion –, votre Règne arrive ! Amen.

                                                                        + Joseph Doré

                                                        Archevêque émérite de Strasbourg

Homélie 2011

Frères et sœurs, chers amis,
Il y a plusieurs années, le P. de Saint Seine confessait à l'église Saint Ignace, rue de Sèvres à Paris. J'aimais rencontrer ce P. Jésuite. Après l'aveu de mes fautes suivie de l'absolution, il m'invitait à m'asseoir et disait : « Et maintenant parlons de Jésus ». Alors, sortant de sa soutane une boîte à tabac, il roulait une cigarette et après quelques bouffées, engageait la conversation sur les sujets les plus divers mais qui tous se récapitulaient en Jésus, vrai Dieu, vrai homme.
Si je vous raconte cette histoire, ce comportement peu académique, c'est que, à vous fréquenter Mesdames et Messieurs les académiciens, sans vous livrer au tabagisme, au cours des séances officielles, s'entend, par votre travail, votre engagement professionnel, intellectuel « vous parlez de Jésus » à la société contemporaine soit par une parole explicite ou en aidant vos lecteurs, vos auditeurs à franchir le porche des Béatitudes. Vous parlez de Jésus, tantôt avec pudeur, retenue et délicatesse, tantôt aussi avec force, conscience et opiniâtreté bravant parfois le consensus mou ou franchement hostile de ceux qui n'ont pas encore rencontré « le chemin, la vérité, la vie ».
Mesdames et messieurs de l'Académie catholique de France, je n'ai pas à vous discerner un quelconque satisfecit mais à vous inviter à retrouver sans cesse ce moment unique dans votre vie où la foi et la raison se sont rejointes libérant toutes les capacités de votre être tendu vers l'obtention et la transmission du « souverain bien », dans la discipline qui vous est familière.
Cher P. Philippe Capelle-Dumont, président de l'Académie catholique de France, vous avez été bien inspiré en fixant la messe annuelle de l'Académie et des sociétaires au jour où l'Église fête la conversion de saint Paul, l'apôtre des gentils.
Mesdames et Messieurs de l'Académie, par vos travaux, votre réflexion, vos réalisations, vous vous confrontez à toutes les cultures. Votre aura est internationale comme l'apôtre des gentils, vous avez à sillonner le monde. Même critiquée, la société attend votre parole dans la mesure où celle-ci est pérenne non comme une idéologie mais l'humble réponse aux innombrables pourquoi de l'existence humaine dans toutes ses composantes.
Comme il se doit, le corps académique est varié dans ses membres. Puisse chacun d'entre eux recevoir des autres ce qui est nécessaire pour parfaire sa compétence et donc le rayonnement des savoirs et de la foi.
Avec amour et quelqu'humour à l'égard du pénitent pardonné, le P. de Saint Seine disait : et maintenant parlons de Jésus. Cette parole est toujours actuelle, rendons grâce au Seigneur de nous avoir choisis pour servir en sa présence en reprenant l'oraison de ce jour :
« Dieu qui as instruit le monde entier par la Parole de l'apôtre Paul dont nous célébrons aujourd'hui la conversion, accorde-nous d'aller vers toi en cherchant à lui ressembler, et d'être, dans le monde, les témoins de ton Évangile ».

Amen