Goudji : itinéraire d'une oeuvre

Paru aux Editions Parole & Silence, octobre 2016

Ma première rencontre avec Dieu a lieu quand j’avais treize ans. Pour la première fois de ma vie, je réussis à pénétrer dans une église de Batoumi, en déjouant la vigilance des gardes Komsomols qui en interdisaient l’entrée aux jeunes. Là, j’ai vu une fresque représentant le Christ marchant sur les eaux du lac de Tibériade. Cette vision totalement surréaliste pour le jeune garçon non initié que j’étais, provoque en moi le désir fou et la volonté de comprendre. Pour cela, il fallait acquérir des connaissances que je n’avais pas. Ma soif d’apprendre ne connaît pas de limite. Le Christ marchant sur les eaux  ! Première image, première rencontre. Quelle rencontre étonnante  : débuter son dialogue avec Dieu par un miracle. 

Suivre Dieu, c’est pour un orfèvre mettre son talent au service de la célébration liturgique. Mais comment conjuguer foi et travail  ? Comment obtenir que l’œuvre témoigne de la foi  ? Faut-il une connaissance particulière  ? Une vocation  ? Bien que mon désir de réaliser des objets de culte paraissait invraisemblable en Union soviétique, j’ai eu très jeune la conviction, après mes études aux Beaux-Arts de Tbilissi, qu’il me fallait créer, de mes propres mains, des objets uniques, en aucun cas reproductibles, dans un matériau noble pouvant défier le temps, des objets de beauté, à la gloire de Dieu. Goudji s’inscrit dans la dimension sacrée de l’objet cultuel. L’or qu’il travaille n’est pas celui du veau d’or mais celui que les mages venus d’Orient déposèrent, il y a deux mille ans, aux pieds du nouveau-né de Bethléem. 

« Ce qui me frappe dans l’art de Goudji - et qui m’avait déjà frappé, il y a quelques années, lorsqu’il m’avait montré son projet pour mon épée - c’est le souci qui y apparaît de donner aux objets une dimension en quelque sorte mythique tout en gardant leur signification originelle. Cet art qui vient de loin, de très loin, dans l’espace et le temps, de plus loin encore et du plus profond de la sensibilité de l’artiste, est aussi un art résolument planté dans le monde actuel et qui le reflète. Il rejoint ce point magique où la beauté transfigure le réel sans perdre le contact avec lui. » Félicien Marceau, de l’Académie française
Sous la direction de Bernard Berthod, Nathalie Nabert et Dominique Ponnau