L'Académie Catholique de France

 par le Doyen Philippe Capelle-Dumont
Président de l'Académie catholique de France

Brève genèse

L’idée de fonder cette institution a germé au début de l’année 2008, sur la base d’un constat et d’une exigence qui concernent la place et la reconnaissance dans l’espace public, de la production intellectuelle attachée au christianisme, au catholicisme en particulier. Il a semblé acquis que les temps étaient désormais favorables à l’entreprise qu’elle appelait.

 Une rencontre exploratoire a été ainsi organisée le 11 juillet 2008, réunissant diverses personnalités et représentants d’institutions de culture (Revues scientifiques, Associations de pensée, Facultés). Un comité restreint, émanant de ce groupe, a été constitué et a opté par un vote unanime le 13 octobre, pour la dénomination « Académie catholique de France » ainsi que pour une première définition de son objet. Entre temps, soit le 13 septembre 2008, le discours de Benoît XVI au monde de la culture, a pris pour les initiateurs, la forme d’un puissant encouragement.

Les membres fondateurs (voir ci-dessous) ont considéré que dans son architecture  générale, l’Académie devait comporter deux piliers.

- Le premier de type fédérateur, consiste à mettre en lien les institutions et les personnes qui le désirent, dont la production témoigne d’un attachement à la tradition intellectuelle du catholicisme ainsi qu’à son actualisation. Ce pilier identifie d’emblée le caractère associatif de l’Académie dont les orientations sont prises et votées selon le mode impliqué par le régime de la loi de 1901. Son caractère catholique déclaré y est garanti par les articles 7,a et 10,6 de ses statuts.

- Le second pilier est défini aux articles 15 et 16 des mêmes statuts : il consiste en un Corps académique lui-même animé par un Conseil académique., - sorte de « comité des sages » composé de personnalités de différentes disciplines, scientifiques, philosophiques théologiques, artistiques et juridiques, et dont l’œuvre est reconnue.

Quelles significations s’accordent à la dénomination « Académie catholique de France » ?

- « Académie ». Le vocable fut introduit en français en 1508 ; Marot, en 1540, qualifia le Collège de France de « noble académie ». Longtemps après son usage grec platonicien, on retrouvait le mot en plein Moyen-âge avec l’ « Académie des jeux floraux (Academia dels jocs florals) », société littéraire fondée à Toulouse en 1323. Le mot qualifiera en italien la célèbre « Accademia fiorentina », institution d’abord privée fondée dans la première moitié du 16è siècle. Avec et après la multiplication des académies au 17è siècle, le même vocable désignera une mission qu’on formule classiquement ainsi : « L'illustration et le perfectionnement des sciences, des arts et des lettres ».

Dans le monde catholique, l’Académie pontificale des sciences fut déclarée d’emblée libre et indépendante ; c’est là une tradition que Pie XII, dans un message adressé aux Académiciens en 1940, a pu rappeler : « A vous, nobles champions des arts et disciplines humaines, l'Eglise reconnaît une totale liberté dans ses méthodes et ses recherches ».

Dans le monde protestant à qui était interdit l’usage du mot « université », dès le 16è siècle, le mot « Académie »fut sollicité pour désigner les instituts universitaires, tels que, en France : les Académies de Saumur ou de Sedan et, à l’étranger : les Académies de Leyde et de Genève.

Si le lexème « Académie » désigne une assemblée de gens de lettres, de savants et/ou d’artistes reconnus par leurs pairs, ayant pour mission de veiller aux usages dans leurs disciplines respectives et de publier des ouvrages, il incarne aussi bien des formules institutionnelles variables, d’échanges et de production de savoirs. A tout le moins, chacune d’elles dans sa spécialité, a pour finalités de « transmettre », de « rechercher » et de « créer ».

La référence - plus que le modèle - qui nous a inspirés et nous a portés à privilégier un tel vocable, est plutôt le style de l’Académie catholique de Mayence, i.e. une instance légère, capable de mettre en dialogue, sur la base de thèmes choisis en lien avec l’actualité, des chercheurs, des enseignants, des écrivains, des artistes, soucieux de faire avancer la réflexion dans une articulation positive avec la foi chrétienne.

 

- « Catholique ». D’où la légitimité de la qualification catholique de cette institution. Volens nolens, le terme « catholique » comporte l’avantage d’exprimer en même temps une visée universelle et une donnée confessionnelle particulière ; il ne saurait donc, ici comme ailleurs, être entendu selon une tonalité anti-oecuménique ou a-œcuménique. La définition du catholicisme, surtout depuis Vatican II, interdit une telle réduction. Les membres fondateurs ont ainsi exprimé le souhait que le dialogue avec les « frères dont nous sommes séparés » mais aussi le dialogue avec les collègues revendiquant d’autres appartenances religieuses ou se réclamant des diverses écoles philosophiques, puissent aisément s’installer dans les rencontres programmées. C’est donc une visée large de confrontation rationnelle et généreuse, qui a été dessinée.

 

 « de France ». La dimension hexagonale affirmée n’exprime certes pas ici quelque exclusion que ce soit ! Nous ne le savons que trop : les recherches exercées dans le cadre de nos disciplines, dépassent le plus souvent les frontières géographiques et linguistiques. Bien plutôt, le vocable retenu exprime l’intention de susciter des collaborations dans les différentes régions de France. C’est à cet effet qu’a été imaginée la possibilité de créer des « collèges régionaux académiques » autonomes soucieux de favoriser localement, selon des déterminations propres, la présence intellectuelle du catholicisme.

 

Quelle est la mission du « Corps académique » comme tel ?

 1. - Représenter l’excellence disciplinaire dans une instance de conviction catholique.

Le Corps académique de l’Académie catholique de France réalise une jonction entre un exercice de rationalité et une détermination croyante, entre « critique » et « conviction ». La tradition catholique ne considère pas que l’essor de l’une puisse pénaliser l’expression de l’autre, bien plutôt qu’il peut en accroître les ressources. Telle est la pierre angulaire de l’exigence d’articulation positive entre les différents savoirs et entre les différents types d’interrogations qui les organisent : scientifiques, philosophiques, théologiques, juridiques, artistiques.

 2. - Faire avancer la réflexion  sur des thèmes choisis, d’actualité intellectuelle ou sociale.

La société contemporaine connaît un déficit de mémoire culturelle, de repères et de critères dans la réflexion et l’action, personnelles et collectives. La réactivation de la mémoire et du développement de l’intellectus fidei doit être, elle aussi, prise en charge de responsabilité face aux questions essentielles et urgentes qui traversent les sociétés contemporaines : les trajectoires de l’histoire du monde et les facteurs d’espérance ; la question de la nature ; la portée éthique des données technologiques ; les religions, les écoles de philosophie et la question des droits humains etc. Il appartient au Conseil académique, foyer animateur du Corps académique et tenant compte des suggestions de celui-ci, de former les sujets de réflexion et de proposer le thème de la conférence nationale annuelle.

 3. - Intervenir dans le cadre de rencontres ponctuelles avec les médias de culture.

L’un des ressorts fondateurs de notre institution tient à l’exigence d’une communication qualifiée et adaptée, dans l’espace médiatique de culture. Le corps académique constituera l’instance principale à partir de laquelle, de façon ouverte et libre, des échanges réguliers pourront être organisés avec des journalistes. Ainsi, on peut espérer que peuvent être diffusées et entendues, à l’écart des slogans et des méprises, les logiques avec lesquelles la recherche et la réflexion se déploient en christianisme, tout particulièrement en catholicisme, pour l’amour de Dieu et de sa Création, et dans l’esprit  de notre devise : « Non intratur in veritatem, nisi per charitatem (On n’entre dans la vérité que par la charité) » (Saint Augustin, Contra Faustum, 32, 18).